Jonathan Caouette a toujours cru qu’il serait important de filmer l’existence déglinguée de sa famille. A l’âge de onze ans, il tenait déjà une caméra super-8. Plus tard, il a tourné en VHS, puis en caméra DV. Cet outil de travail lui a permis de mettre un peu d’ordre dans sa vie en l’archivant. Ce matériel filmé disparate documente des moments déchirants, aussi bien que des scènes où le jeune garçon s’essaie aux déguisements. Il utilise les enregistrements du répondeur téléphonique, par lequel il apprend les bonnes et les (souvent) mauvaises nouvelles: sa mère n’a pas toute sa tête et la catastrophe absolue n’est jamais loin. En filigrane, ces images brutes de décoffrage illustrent aussi la féroce homophobie de bon nombre d’Américains – et Jonathan, bien entendu, est gay… Sans l’intérêt et le soutien financier de professionnels éclairés, dont Gus Van Sant, ces images arrachées au néant n’auraient jamais pu être montées et montrées.
Réalisation : Jonathan Caouette / USA / 2004 / 90′
