Il y a les films LGBTIQ qui parlent d’homosexualité, ceux où l’homosexualité est juste un élément parmi d’autres. Les personnages LGBTIQ sont la plupart du temps sympathiques et du côté des « gentils ». Tout cela offre des séances agréables, intéressantes, bref, une belle diversité. Mais l’expérience devient fascinante lorsqu’un réalisateur prend le parti de confronter le public à des personnages incarnant tous le « méchant absolu ». C’est ce qui se passe lors d’une projection de Brotherhood: une histoire d’amour interdit dans un groupe de jeunes gens, une histoire d’amour gaie dans un groupe de néonazis.
Néonazis violents, racistes, casseurs de pédé, des méchants, des vrais, l’ennemi radical de la communauté LGBTIQ… Pendant une heure et demie, le public n’est face qu’à des personnages abjects au premier abord. Et soudain l’inimaginable se produit: l’émotion dans la salle devient palpable. Est-ce parce que certains sont gays ? Est-ce un besoin physiologique du spectateur de s’attacher à un protagoniste ? Peu importe, on se retrouve dans l’incroyable et inconfortable situation d’être touchés, compatissants. Alors oui, direz-vous, les jeunes hommes vivent un amour interdit, situation familière des LGBTIQ, les menaces qui planent sur les deux skinheads sont comparables à ce que vivent certains LGBTIQ, ils doivent choisir entre leurs valeurs, leur appartenance à un groupe et leur histoire d’amour…
Pourtant le réalisateur n’offre pas le répit d’une rédemption au public : ses personnages sont des néonazis racistes et violents, aussi amoureux qu’ils soient.
Dans la salle, on est parfois mal à l’aise, certains lâchent à haute voix des commentaires faussement ironiques ou détachés. Mais pas lors des pires scènes de violences ou de tensions, lors des scènes d’amour, lors des baisers furtifs, des regards pleins de désirs.
Voir Brotherhood est une expérience hors du commun qui pousse notre sentiment communautariste dans ses derniers retranchements, qui nous pousse à réfléchir. C’est aussi un tour de force que ce film sans compromis servis par des acteurs de haut vol. Nicola Donato parvient à filmer avec justesse ses personnages. Sans misérabilisme, sans commisération, sans indifférence non plus, le réalisateur montre le pire de l’humain sans oublier l’humain. Un pari gonflé, un sujet provocateur, un premier film, en plus, et, au final, une réussite et une expérience humaine et cinématographique toujours sur le fil entre malaise et émotion.

